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FLUSH
Ancien de la meute
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[RP] La geste des Varia Kradoc'h Ab Rohan... Perspective historique

le Sam Sep 10 2016, 15:41
Des ROHAN


Soir du 28 de juillet, an de grâce 1488. Saint Aubin du Cormier. parmi les six à sept milles cadavres qui couvrent la lande, le jeune François de Rohan, vicomte de Léon, agonise...

Le jeune homme qui se sait déjà au soir de sa vie fit quérir son père, Jehan II de Rohan. Le plus puissant des barons bretons avait funestement choisi de servir le jeune roy Charles VIII, et en ce jour maudit, il avait combattu ceux de sa nation restés fidèles au duc, ainsi que... son propre fils...


> Horsçà ! Mon filiot ! Que ne m'as tu poinct écouté ! Que n'avons nous ce jour d'hui combattu en même ost !? Le duc que tu as suivi a moins de droyct que nous sur le trône de Bretaigne, et seul nostre bon roy Charles le VIIIème a le pouvoir d'un jour nous le rendre, une fois le vieux duc tout morti (qu'il crève, ce chien jaune qui te refusa la main de son aînée Anne!), ce que tu savais ne poinct trop tarder...
>Ah ! Père, ne voyez vous poinct que je meure !? 
> Si faict mon filz, si faict, et sâche que j'en suis fort mari... Mais pour autant, je me dois de te faire une dernière leçon, si icelle ne te sert poinct en cel monde, du moins te servira t elle en l’au-delà.
>Sir mon Père, vous avez toujours été pour moi du meilleur conseil, mais... comment... il me faudrait vous dire...
> Allons, allons, Monsieur ! Un peu de dignité quand te parle ton père! Coi ! Je suis fort au faict que tu te meurs, cela crève les yeux, si ce n'est point le coeur... Je te l'ai dict tantôt comme je le pense, il est vrai: c'est fort fâcheux... Pour le dire jusqu'aux tréfonds de ma pensée, si tu n'avais un jeune frère, voyant nostre maisnie risquer de tomber en quenouille, j'en aurais été d'un mieux fort chagrin encore...
> Ah! Mon père !
> Mon filz ! Ah ! Ne te hâte poinct trop à aller voir l'Aotrou Sant Per, que je ne te dise avant combien ta méconduite a été sotte et m'a baillé grand déplaisir ! Si je ne l'ai pu devenir, tu aurais, toi, pu être duc, et t'assoir sur le trône ducal qui nous revient, à nous, les Rohan... Et ça, tu le sais...
> Père, je n'en ai cure ! Vous me parlez de trône, quand il me faut litière... Je me meure, vous dis-je !
> Tu n'en as cure ! Par le sang du Christ ! Tu refuses mes reproches, après t'être soustrait à ma volonté, et être resté sourd aux bons conseils de ton bon père ! Fais constat, que diable ! C'est bien toute ta méscience de la chose publique qui te jeta bas, une traîtresse dague suissesse en plein mitant des entrailles, et tout lardé par vils normands coutels. Que n'as tu faict ce que je t'avais ordonné !? Toi, la fille du duc à tes côtés ! Si le duc vivant te la refusait, le duc mort n'aurait point eu celle satisfaisance ! Et, oui : je t'aurais vu duc, mon aimé aîné, car le vieux va crever!!!
> Mon père, il me faut vous le dire, j'avais d'autres aspirations que de convoler avec mienne cousine Anne... Cette pimbêche  n'a de plus que onze ans, agardez-là pour mon très cher frère Jacques. Dort-il, d'ailleurs ?
> Ah ! Te voilà tout délirant, ô heure fatale ! Il est cependant vrai que Jacques ne me donne point autant de soucis que toi... Mais là n'est point la question, je l'avais décidé : mon filz : tu l'aurais mariée !
> Mon père... Aaaaah !  Celle douleur ! Je ne puis vous la cacher, ni icelle, ni que suit : j'en aimais une toute aultre...
> De cela, nous avons jà parlé. N’aies crainte, et sois en paix... J'ai mandé à ce que l'on baille 150 livres au puisatier en recouvrement du pucelage des trois filles siennes. Et, ne sois poinct par trop bête, la main d'Anne prise, tu aurais pu à celles trois gaies luronnes faire deux-vingt bâtards la gueuse sans que je t'en puisse blâmer... L'homme est ainsi fayct que son dard dard, c'est Dame Nature, qui nous l'imposa...
> Père, je ne vous parle poinct d'icelles jouvencelles, les Dumont, mais de Marie du Pont...
> Diantre ! Marie Dupont, Après les filles Dumont... Ah! Ah! Aaac'h! Dupont avec un T ou avec un D. Ah ! Mon doulx filiot, ta naïveté m'aura fait rire jusqu'à ta toute fin !
> Sire mon père... La fille du marquis Du Pont, en Vro Bigouden.
> Horreur ! C'eût été plus fâcheux si tu avais persisteré à vouloir briser si menuement couillasses miennes en prenant la main sienne... par chance, avant qu'un incident n'ait pu survenir, tu nous meurs: il n'aurait été question d'icelle mésalliance !
> Mon père... Nous nous sommes mariés, il y a cela deux semaines...
> Mon filz, tu déraisonnes !
> Que nenni, ains je crois qu'elle porte jà en elle un enfançon à naître... Dont vous serez le doulx grand-père, et protecteur.
> Que dis tu là ?!? Toi, te mariant à une diablesse de Du Pont ? Mais c'est folie ! Allons, François ! Un descendant de Meriadec, de sang royal, avec une fille de celle maisnie d'ânes bâtés out juste bonne à commander à une bagaude de naufrageurs ! Que l'on me tue sur le champs si tu ne mens !
> C'est vérité vraie... Aaaaaaaaaah ! Je souffre atrocement !
> Allons, mon fils, cesse tes pleurs inutiles, et ta plaisanterie ! Ta souffrance prend fin, quand la mienne se fayct jour ! Mais... Mais qui donc est  au courant !?
> Aaaah... Son... Son père,  et nul aultre que lui... Ni Monsieur, ni Ma Demoiselle n'osaient s'en ouvrir à Madame.. qui est très forte femme, dit-on ! L'on l'a dit même portant cullote, sauf en bains de mer siens, quand elle va à la grève de Tronoën...
> ... Voilà ce qu'il en coûte de marier des Bigoudènes ! Morbleu : tu te meurs sans que je puisse te rosser comme tu le mériterais, sous fallacieux prétexte de bienséance... Ah ! Si nos gens n'étaient là à nous tout entourrés! C'eût été une leçon qui t'aurait suivi jusque dans l'autre monde : ton cul si bleu de coups, tu aurais dû cheminer à pieds jusqu'en enfer o paradis, plutôt qu'assis en la Karrigel de l'Ankou... Qui d'autre que son père  sait!?
> Lui seul... et le prêtre qui nous maria devant Dieu... Aaaah ! Père ! Je me meurs !
> Lui seul, voilà un morceau de chance à ne poycnt douter : ce féal bouseux du duc est d'iceulx qui furent ici occis ! Mais... Mariés devant Dieu ?! Imbécile ! Comment s'appelle cel prêtre ? Mais, parle !
> Aaaaaaah... Père, je vous donne mon adieu. Je vous recommande la mère et l'enfançon, faites le mieulx pour iceulx, je vous en conjure !
> Mon agnelet, certes oui, ainsi sera faict, mais par pitié, quand tu auras à parler au Très Hault, ne dis  mot de cela, je te prie... Laisse le Seigneur en dehors des affaires de la famille Rohan.
> Aaaah ! Je meurs !
> Non sans me donner le nom d'icelui qui vous maria, mon enfant !
> 'aria...
> ...Qui vous maria... Ciel: il est devenu mi muet !
> Varia... Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah!
...
> Barthélemy, vous avez entendu quoi, avant qu'il ne trépasse?
> "Aaaaaaaaaaaaaaaah!" Monseigneur. Juste "Aaaaaaaaaaaaaah!"
> Maître juré genaoueg, avant le "Aaaaaaaaaaaaaaaaah"?
> Que Messire veuille bien en avoir de moi mercy ... Mon oeil arraché me baille quelques maulx, ains j'ai grand mal à tenir l'oreille qui me reste fort vaillante... Vostre filz, tout enfançon que vous disiez qu'il estoit, c'est battu comme un lion...
> Normande créature, quel estoit mon propos, en aurai-je réponse?!*
> A nouveau, que Messire me pardonne, j'étais faisant tout scier ma gambette que vostre filz ne fit qu’entamer quand il ne se laissa poinct bien par les nostres tuer... Je crois il a dyct "Mvaria".
> "Mvaria?" Avec un "M" pour recommander son âme crétine à la Vierge?
> Il me semble avoir mieulx ouï MVAria avec le même "V" que variole, mon bon Seigneur.
> "Varia"? Tiens donc... Varia... Que voilà nom dissonant...


Dernière édition par FLUSH le Dim Sep 11 2016, 13:11, édité 1 fois
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FLUSH
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Re: [RP] La geste des Varia Kradoc'h Ab Rohan... Perspective historique

le Dim Sep 11 2016, 12:54
Des VARIA




Comme tous les Bigoudens, les Du Pont avaient une grande méfiance à l'égard des habitants de contrées sises par delà l'Odet ou au nord des douces collines qui se dessinaient  à peine au septentrion des paroisses Plozevet , Landudec et Plougastel Saint Germain... Méfiance qui devenait plus mauvaise encore quand il s'agissait des bourgeois de Quimper... Cependant, aucun homme issu d'une famille de marins de Penmarc'h , de paysans de Plomeur, ni de bourgeois de Pont l'Abbé ne se voulait être prêtre, d'une par parce qu'ils respectaient trop les femmes pour avoir épousé tout à fait la religion chrétienne, et d'autre part, parce qu'ils détestaient ceux qu'ils considéraient vivant dans  l'oisiveté. Se prétendant trop occupés en leur quotidien labeur fait de pêche, de surpêche, de commerce, de travaux de labours, de fréquentations de taverne, de musclées remises en place au petit matin par leur épouses... A peine si on prenait encore le temps, les jours de fête, de provoquer quelque vilain naufrage...

Ordonc, quitte à engager un étranger pour prêtre et confesseur, on le préférait de plus loin que du Cap Sizun ou du Pays Glazic... Et puisque l'évêque de Quimper qu'on détestait presque autant que les Rohan, avait un vrai rival en la personne de l'évêque de Saint Pol, on s'enquit auprès de lui pour qu'il donne du curé au Marquisat. Outre que cet évêque n'avait aucune influence en Cornouailles, le fait d'avoir un prêtre venu de l'autre bout du Mon' se doublait de l'avantage que le parler bigouden n'était que très mal entendu par une oreille léonarde, ce qui rendait la confession plus aisée...

C'est ainsi que Vincent de Kerleau, évêque de Saint Pol de Léon, envoya en 1474 auprès du marquis Du Pont l'homme remarquable qu'était l'abbé Allan Varia, jusque là chargé par l'évêché pour veiller sur les ruines englouties de l'abbaye Sainte Marie des Victoires de Ploufluc'hig...  

Cette illustre paroisse fondée presque mille an plus tôt par Saint Flushomban était sise sur la côte occidentale du Léon. Elle avait connu, deux siècles auparavant , le même sort que Kêr Is, et été balayée par un puissant raz de marée. Seul était resté debout le manoir des Kersauzon, réputé avoir été l'ancienne capitainerie, mais la plupart des habitations tout comme la Très Sainte Chapelle, où se trouvaient les reliques de Saint Âne des Roubignoles, et l'abbaye Sainte Marie des Victoires avaient disparus dans les flots devenus furieux. Cependant que l'Océan avait fait reculer les terres d'une pleine lieu en certains endroits, elle avait atteint le lieux dits des « Toull Kaoc'h aux Normands », et les 28 fausses communes où l'on avait enterré les os blanchis des quelques milliers de Norrois qui périrent lors des différents raids qu'ils avaient follement tentés contre la jadis florissante cité furent découvertes, et leurs restes dispersés.

Cette grève, du fait de la couleur que lui donnait les ossements éparts et concassés, était connue de tous du nom des « Blancs Sablons », ou mieux nommée Gwenn Traezh.

L'abbé Varia tant vif et habile que bon par nature, ne tarda pas à devenir l'homme de confiance du Seigneur Du Pont, et le confident de la jeune Marie... Qui finit par lui faire jour de son secret -mais contre nature!- amour de François de Rohan... Et du fait, que, « Gast ! P'tain de gast ! Mill c'ast de p'taaaaaaaain, enceinte, je suis, jusqu'aux dents de devant! Et que va dire la Mammig ! »

Allan Varia sut trouver les mots qui attendrirent le coeur déjà fort doux du Sire du Pont, et l'on maria les deux jouvenceaux secrètement, un vendredi où la Mammig était allée au marche de Pont l'Abbé pour y acheter quelque étoffe.

Quand le père Varia eût vent de la malemort de François de Rohan Léon et des circonstances si obscures qui entouraient sa funeste fin, il parvint à convaincre sa toute fraîche épouse de surmonter son chagrin et de quitter sans tarder la demeure seigneuriale pour chercher refuge outre Elorn, à Ploufluc'hig . On le sait déjà, le père Varia, avant d'être au service du Marquis du Pont, y tenait de l'évêque la fonction d'abbé, même s'il s'agissait d'une fonction purement honorifique, et y comptait de nombreues familles alliées, parmi lesquels les Flush, les Gillec, et les de Kersauzon...

C'est en cette terre du bout du mon' qu'en mars 1489 , la Damoiselle Du Pont - Rohan Léon mit au monde François le petit. Voulant éviter à l'enfant de tomber entre les mains des Rohan -l'homme ignorait qu'il était lui même par eux recherché- on donna à l'enfant qu'il adopta le nom de Varia, et le bon père se défroqua finalement pour se consacrer autant à son éducation, que du bonheur de sa mère...

Les Rohan, dans leur recherche, se bornèrent à investiguer en Cornouailles, persuader qu'une Bigoudène -c'est un fait qu'aucun registre ne mentionne pareille déménagement- refuserait de vivre à plus d'un jour de marche de la toute neuve Notre Dame de Tronoën...

C'est ainsi que put survivre le fils du très preux François de Rohan, dernier vicomte de Léon.

Les Varia étant abbés de Ploufluc'hig de père en fils depuis des temps immémoriaux, personne ne se formalisa que François, en 1512, succède à son père d'adoption en tant qu'abbé séculier de Sainte Marie des Victoires de Ploufluc'hifg en Gwen Traezh.

François Varia ab Rohan d'enfant, puis de jeune homme, devint homme, officia très efficacement jusqu'à ce qu'il soit vieillard, puis doyen de Ploufluc'hig, de Léon, et du Monn', ce sans avoir d'enfant, malgré toute l'application qu'il mettait à vivre au côté d'une domesticité des plus avenantes... Jusqu'au moment bénit où en 1618, à l'âge canonique de 139 ans, sa toute nouvelle bonne, Gaëlle lui donne le fils -en même temps qu'une fille- qu'il attendait. Le vieillard, sur son lit de mort mais heureux tout à fait que cette vierge (il ne l'avait pas touché, aussi en conclut-il que Dieu lui même l'avait assisté !), n'eut le temps que de s'exclamer « KRAD DEOC'H !!! » remerciant ainsi le Tout puissant et Gaëlle d'avoir enfin exhaussé ses prière, avant d'aller rejoindre Saint Pierre...

Et c'est pourquoi l'on affubla l'enfançon Yann Varia et sa jumelle Saozig Varia du céleste surnom de « Krad deoc'h », sans qu'on oublie pour autant le nom glorieux de leur père, en les nommant aussi Ab Rohan pour prouver leur filiation à la puissante famille issue du mythique roi Mériadec...


Dernière édition par FLUSH le Sam Sep 17 2016, 08:25, édité 1 fois
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Re: [RP] La geste des Varia Kradoc'h Ab Rohan... Perspective historique

le Sam Sep 17 2016, 08:25
Du VIEUX FLUSH, JEUNE



Ian Arthur était fort jeune quand il fut embauché par l'abbé de Ploufluc'hig pour succéder à son père dans la double fonction de grand veneur et garde chasse qu'il occupait, comme il était tradition chez les Flec'h depuis des temps immémoriaux.

Le tout vieux Fañchig Varia allait doucement sur sa dernière année, et était de plus en plus obsédé par la descendance qu'il désespérait d'avoir un jour, et sans laquelle il ne pouvait quitter ce monde, ayant fait promesse au Très Haut de perpétrer sa race, et la maison des Rohan-Léon...

Aussi,  quand Gaëlle, la douce servante du vieux, tomba enceinte, personne (surtout pas le trop bienheureux Varia qui la maria dans l'instant!) ne vint s'étonner du fait qu'elle prétendait l'être de l'abbé beaucoup plus que centenaire, et quand elle accoucha des deux faux jumeaux, ni les Gillec, ni les Kersauzon, ni les Gwernig, ni encore moins l'alors jeune Vieux-Flush mirent en doute la véracité et la sainteté des propos de la toute neuve mère.

Les deux enfants nés, et l'abbé trépassé -ces deux événements se succédant dans la même semaine- l'on alla pourtant quérir Ian Arthur Flush par les oreilles -qu'il avait grandes et souples- alors qu'il s’apprêtait à quitter discrètement les lieux avec ses deux enfants -Tanguy et Yann-Edern, des jumeaux aussi- qu'il avait eus d'un fort désastreux mariage (la mère était partie au bras d'un tailleur de Morlaix, abandonnant le père, et ses garçons).

« La petite et le petit, tu vas les adopter ! » Que le vieux De Kersauzon, il lui a dit.

C'est que le jeu de Flush, tout tournant autour de Gaëlle, avait été vu de tous, et la suite, soupçonnée par les mêmes, et quoique fervents catholiques, les habitants -sans aller jusqu'à remettre en cause l'immaculée conception- jugeaient fort peu probable qu'un homme de 138 ans puisse engendrer quelque progéniture que ce soit, même avec l'aide de Dieu...

Ian Arthur clama son innocence. Dieu l'avait déjà puni de deux enfants pour un seul coup, aussi, il avait compris la leçon, qu'on se le dise! Jamais, il ne se serait impliqué dans quelque forfaiture l'impliquant, lui avec une créature féminine... De plus, s'il avait touché Gaëlle, sauf en pensée (mais belle comme l'était Gaëlle, était-il en cela si différent de la moitié mâle de la population du lieu, accrue sans aucun doute de quelques femmes, si, si, nan, ma Doué ! Possib' c'est pas ce que tu dis!), pour sûr, il s'en souviendrait.

... A moins qu'il n'ait été saoul.

D'ailleurs, Gaëlle elle-même ne disait autre chose. Flush, oui, elle le connaissait, puisqu'ils travaillaient tous les deux pour l'abbé, mais si on les avait vu danser ensemble à la Saint Michel (ah, tiens, oui, 9 mois, déjà, comme le temps passe vite !), elle ne lui aurait pour autant pas donné son pucelage, pensez-donc, Flush n'avait pas le sou, et... s’embarrasser de deux enfants d'une autre s'ils avaient dû se marier... C'est vrai, il savait danser... Pour sur aussi, il savait causer... Mais... Se serait-elle laisser emberlificoter par ce malin renard au point d'accepter de le suivre pour terminer la danse par un endiablé An Dro en son lit clos... Si c'était le cas, elle s'en souviendrait.

... A moins d'en tenir une sacrée.

De Kersauzon, le sage bailli de Gwenntraezh, voulut bien se satisfaire de la version des deux jeunes gens, à la seule condition que Flush adopte les deux nouveaux nés, et à défaut de la marier (Gaëlle était bien trop fière de son nouveau patronyme -Varia Krad Deoc'h- pour accepter de l'abandonner si tôt acquis !), protège et soutienne la jeune femme.

Tous -bien qu'aucun n'ait eu besoin de le verbaliser- voyaient aussi un avantage notoire à cet arrangement : la maison des Rohan-Léon et tout ce qu'elle représentait dans les irréductibles têtes de mules portant chapeau rond trouvait là l'occasion unique d'annoncer au monde que Mériadoc avait enfin là trouvé juste descendance.

« Vous êtes marrants, et comment je fais, moi, pour les nourrir, mes quatre têtes rousses ? »

C'est vrai, ça, on n'y avait pas pensé... Mais tous les jaloux se félicitaient d'une chose : il avait qu'à pas la prendre, il n'aurait pas été pris ! Et puis, Gaëlle, en plus d'avoir gagné un nom prestigieux dans l'affaire, n'allait elle pas hériter des quelques sous du vieil abbé ?

Pour finir, comme quatre enfants à vingt et un ans, ça s'était déjà vu, finalement...

Ainsi, Gaëlle Varia Kradoc'h et Ian Arthur Flush s'installèrent peu après dans un penn ty au lieu dit Kroaz Koffeg, où se serrèrent aussi Tanguy, Yann-Edern, les deux  grands » enfants que Ian Arthur avait gardés quand sa première femme l'avait quitté, et les nouveaux venus réputés enfants de l'Abbé François Varia, Saozig (qu'on surnomma très vite la Ruz, du fait de la couleur de son poil), et du petit Yannig...


Dernière édition par FLUSH le Mar Oct 11 2016, 10:23, édité 1 fois
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Re: [RP] La geste des Varia Kradoc'h Ab Rohan... Perspective historique

le Lun Sep 19 2016, 11:08
De la JEUNESSE des ENFANTS VARIA


La nouvelle de la naissance des deux enfants Varia chemina à la vitesse de la lumière rasante d'un soleil couchant jusqu'aux puissantes et tristes tours du château de Josselin, à l'ombre desquelles vivait la descendance de Jehan de Rohan, le traître de Saint Aubin.

Dès qu'il en fut informé, Henri II de Rohan, prétendu prince de Léon, vicomte fait duc par le roy à force de viles bassesses et d’obscène collaboration, comprit le danger qu'il y avait à laisser libres ses enfançons-cousins. Il prit peur, décida de les enlever pour les amener à lui, les élever à force et en faire ses créatures.

Il ne lui fallut que dix ans pour réunir la petite troupe de mercenaires assez fous et ignorants pour commettre si veule et dangereuse attentat -les habitants de Ploufluc'hig en Gwenn Traezh ayant gagné, au cours des siècles, la réputation d'être fort peu commodes quand il s'agissait de leur prélever impôts, taxes, ou enlever enfants...

Les deux vingts cavaliers qui furent là envoyés profitèrent que, comme tous les hommes de la paroisse, le père et ses deux fils aînés soient partis sur la grève observer de plus prêt une nef angloise jetée à la côte pour forfaire leur méfait. Malgré l'opposition courageuse de leur mère Gaëlle qui découpa leur chef en deux morceaux inégaux, sa tête -aidée d'un habile coup de hache- partant droit vers l'orient quand son corps se coucha vers le couchant, les malfrats se saisir sans autre perte, sinon des doigts croqués et broyés, des deux enfants Varia, qui furent prestement emmenés à Josselin.

L'on pensa qu'il s'agissait d'un raid espagnol, un galion ayant mouillé au large, la veille de l’événement... Si bien qu'on ne soupçonna point les Rohan.

A Josselin, après une longue année passée pour les calmer en un sombre cachot, on voulut les mieux corriger, aussi leur servit-on une bouillie faite de bas latin, de gallo, de coups, et de religion réformée, le tout sensé leur apporter quelque civilité...

Ils étaient des Rohan, certes, mais de si peu, tout abâtardis qu'on les voulait être... Aussi ne devaient-ils point mieux espérer que leurs cousins de Josselin puissent les élever au rang d'auxiliaires, leur proposant de rentrer à leur service... Tout bouseux qu'ils étaient, il fallait qu'ils y voient une chance unique, et en remercier quotidiennement Henry, puis Marguerite sa fille, qui avaient eu la par trop bonne bonté de les arracher à la fange où ils se vautraient jusque là.

Yann Varia, on en ferait volontiers un palefrenier, puisqu'il avait jusque là vécu dans une porcherie, il serait bien content qu'on l'installe dans l'étable ducale. Il se refusa à épouser la réforme, et fut finalement éloigné du château, pour qu'il cesse d'humilier les gardes du duc qu'il ridiculisait à coup de pierres jetées continuellement, mais surtout pour qu'on le sépare de sa sœur sur laquelle il avait une trop grande et désastreuse influence.

Il fut bientôt décidé de s'en débarrasser tout net en l'envoyant en Nouvelle France... C'est là qu'on en perdit la trace.

Quant à sa sœur Saozig la Rouge, elle était si belle qu'on voulut lui trouver toute autre utilité...on la marierait sans doute à quelque bon parti, les vieillards riches et sans scrupule abondant dans les bons milieux... Et de fait, quand on l'emmena à la Cour, le jour de ses seize ans, l'on dit qu'elle n'eut pas trop de mal à faire tourner quelques têtes... Mais au lieu de servir les vues de ceux qui prétendaient avoir sur elle quelque autorité, elle s'amouracha d'un Gascon mousquetaire du Roy, qui, dit-on, l'enleva secrètement... Et lui fit une enfant...

Mais c'est une autre affaire...
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