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Dim
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Re: Chismes y cuentos de Santiago

le Sam Fév 10 2018, 16:40
Don Francisco, évêque de San Juan de Puerto Rico a hâte de prendre la mer avec sa suite pour San German



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Friedrich
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Re: Chismes y cuentos de Santiago

le Mer Aoû 08 2018, 16:18
Octobre de 1662
D'un plis à l'autre

Le gouverneur de Moralès attendait avec grande impatience des nouvelles des galiottes auxquelles il a fourni les plans de Gonave obtenus par le regretté Fidel et son non moins regretté frère Raul, quand un plis lui fut remis, marqué du sceau de Juan de Leyva de la Cerda, Comte de Baños et Marquis de Leyva, et surtout Viceroy de Nouvelle Espagne.

Mais un plis semblant un amener un autre, c’est le moment que Mgr de Manozca choisit pour venir solliciter une audience d’immédiate urgence. L’ecclésiastique, tout fulminant de la mitre aux sandales, agitait nerveusement un pli accusant les stigmates d’un voyage mouvementé.


« Maldemonio !!! Maldemodio »…Monseigneur de Isasi !...s’écria-t-il au point d’en lisser les plis d’une bobine déjà bien ourlée par nombre d’années de haine et de vocifération.
Il l’a rendu contre rançon à une plage de l’ïle Boriquen…mais voyez comment !! Ma!demonio !... Pan Vel Satyrus Marinus !!... »



Ne prêtant pas le moindre égard, pas plus que les lecteurs précédents qui n’en ont point fait paraître leur coupable amusement, au fait que le pli soit adressé au gouverneur de Moralès, Mgr de Manozca lui en donna lecture au prix de quelque vapeur de fétide sainteté lui fuyant les oreilles :


Monsieur le gouverneur de Santiago,

Il est apparu, fort malencontreusement, que je fus déclaré hérétique…
Je vous assure Monsieur qu’il n’en est rien. D’ailleurs Monseigneur l’évêque pourra en témoigner auprès de votre grandeur.

Depuis mon invitation à bord de la « Galipette Cendrée », nous avons beaucoup disserté sur mes actions. Les méfaits qui me sont reprochés ne sont ni plus, ni moins des actes liés à l’état de guerre entre les royaumes de France et d’Espagne pour la domination des Caraïbes. Nous avons donc repris dans l’ordre les différents événements.

Il m’a aussi confié, dans l’ombre de la bougie lors d’une de nos longue soirées amicales, que son zèle n’était du qu’a son ascendance maternelle… Sa pauvre mère était de sang huguenot. Pour un espagnol de son rang c’était presque inouï et inavouable sinon à une amitié sincère…C’était selon lui une façon de racheter les pêchés de sa défunte mère et de lui assurer une bonne place au paradis. Il s’en excusa profondément. Étant moi-même accusé à tort, comme toujours, de sombres méfaits dans ma famille. Je ne puis que le pardonner et je demande encore aujourd’hui à Dieu de ne pas lui en tenir rigueur.

Comme vous le savez, il est devoir, pour tout gentilhomme qu’il soit, de retourner au service de son maître, dans toutes circonstances. Et notamment après une capture…Même après s’être fait croire votre.

Lors de nos anciennes rencontres, il était convenu que je navigue pour la couronne d’Espagne. Je vous ai fait croire, pour des raisons purement stratégiques, à mon plein consentement. Il en est cependant que les lois de la guerre et de l’honneur sont de mises et que mon allégeance allait déjà à une autre couronne…

Je m’en suis allé de votre port avec un équipage, il vrai composé en grande partie de vos gens. Ce qui se passa ensuite n’a rien à voir avec une quelconque diablerie. Vos serviteurs se sont cru en pouvoir de me contredire et de donner ordres contraires à mon équipage, lorsque je leur ai livré mes réelles intentions!

C’était leurs droits de ne pas être d’accord, dans ce cas, se livrer prisonnier aurait été le meilleur moyen pour eux d’éviter une vilaine fin…Ils ont choisi l’autre solution : se battre. Encore une fois les lois de la guerre…

Concernant Fidel, …et bien Dieu l’a rappelé à lui. Rien de plus. C’est la fièvre qui l’a emporté. D’aucun vous diront qu’il a été empoisonné. Mais moi je vous assure tout autre chose. Une vilaine blessure a eu raison de lui. Notre seigneur en a décidé ainsi. Pas moi.
En ce qui concerne la rançon de Monseigneur Isasi, il va de soi que je ne peux y renoncer. Bien fâcheusement à l’encontre de ma bonne conduite chrétienne habituelle. Je ne saurai me servir d’un homme de Dieu pour parvenir à mes fins, simplement je ne suis seul sur ce navire et ma compagnie me ferait grand tord de vous rendre l’évêque sans contrepartie.

L’évêque a été traité avec l’égard du à son rang. Toute l’attention de l’équipage était pour lui. Une place lui a été faite dans ma cabine. Une cloison a même été montée à la hâte pour lui préserver toute intimité. La serrure n’était en point un artifice pour l’emprisonner. Nous étions au milieu de l’océan comment aurait ’il put s’enfuir si la nécessité en était ? Non le pauvre est somnambule, pour le protéger d’une chute par-dessus bord en pleine nuit, nous devions l’enfermer.

Il ne pourra malheureusement plus témoigner des messes quotidiennes données par ses soins. Et son débarquement nous apporta à tous une certaine mélancolie. Nous avions trouvé en Monseigneur Isasi un nouveau membre de la Galipette Cendrée et un formidable prêcheur. Ce qui comblait nos cœurs de chrétiens et nous sortait grandi après chaque messe. Nos péchés, si minimes soient-ils, pouvaient alors être expiés. D’ailleurs un membre illustre de ma compagnie John Connor, que l’on surnomme, le padré (heureuse coïncidence), s’est fait ordonner diacre, l’évêque ne pouvant faire plus.

Malheureusement, vers la fin de notre traversé vers un port accueillant, notre éminence fut atteint d’un étrange mal. En effet une guêpe venant des terres lui a piqué la langue et la main lors de son repas. La vilaine bête s’était posé sur son melon…

Damballa, apothicaire de renom, mon fidèle chirurgien a fait ce qu’il a pu, mais le venin avait déjà fait son office. Les boursouflures et autre boules de pus avaient déjà eu raison de son corps. L’amputation de ses deux premiers doigts et de son pouce était inévitable. Celui de sa langue ne fut que pour lui éviter une atroce asphyxie, les gonflements étaient devenus atroces…

J’écris moi-même cette lettre pour vous rapporter ces aventures. L’évêque ne pouvant plus écrire… droitier qu’il était. Je lui souhaite néanmoins on longue vie paisible à l’écart de ces troubles agitant nos vies. Et vous demande une faveur, celle de lui accorder une retraite paisible et des plus agréable qu’il soit possible d’offrir.

Capitaine Logan Mac Donald à bord de la Galipette Cendrée.
A emporter vous dis-je !


Le gouverneur en resta faussement coi. Et après avoir pris soin, en guise de réponse, de lui présenter le sceau du Viceroy bien proche d’un nez joliment orné de boursouflures de bonne chair,  lui rétorqua par le contenu de la missive qu’il se peut se résumer ainsi:


Il y est fait état d’évènements ayant eu lieu en septembre et rapportés par José Campero de Sorredevilla y Campos, Capitaine Général du Yucatan et gouverneur de Mérida.

En septembre dernier Campèche a été bombardée, pillée, saccagée, incendiée… Chose qui en soit pourrait être banal si ce n’était pas arrivé pour la dernière vois par les anglais Geare et Parker  en 1597. Mais la chose est bien plus inquiétante encore, car elle le fut par un équipage de sauvages et de cimarrons débarqués d’une flûte n’arborant pavillon d’aucune nation et aux tournures étonnantes pour qui n’est pas initié au culte impie si longtemps combattus par notre sainte église, n’en déplaise aux prétentions de Batolomé de las Casas, dont les faits qui suivent montrent en quoi il avait bel et bien tort.

Ce pavillon que voici décrit, n’arbore en effet rien d’autre qu’ Huracan dit « une jambe », ancien dieu maya du vent, des tempêtes et du feu.


De fait, ces sauvages qui s’étant répandus dans les campagnes une semaine durant, ont pris l’horrible soin de massacrer tous les sujet Rois Philippe n’étant point apparentés aux indiens, lesquels furent à contrario gentiment épargnés et gaillardement harangués dans leur propre langue vernaculaire, le yucatèque, les invitant à la révolte et au massacre des bons chrétiens.

Plus surprenant encore, ces gens étaient dirigés par hommes d’aucune apparence locale, d’un âge mur et boitant dur, quoique difficile à identifier sous quantité de cicatrice faîtes de lames et de feu. Il se ferait appeler « Kagrié » et a sans nul doute un formidable ascendant sur ses sauvages dont les flèches semblent ensorcelées au point d’atteindre leur cible à coup sûr.

Mais il s’avère que quelque pilosité bien claire lui demeure en l’un ou l’autre endroit du crâne, et que son unique œil est d’un bleu bien clair également, comme on en trouve rarement chez les locaux. Par chance divine providence, un des hommes de son bord laissé pour mort a pu livrer quelques indices dans son dernier souffle, probablement rongé par le remord et terrifié par la vision des enfers toutes proches: Kagrié serait né batave, ayant servi un temps anglois et françois avant de vouer son âme à quelque diable plus noirs encore, ne laissant trace de son service auprès de ces gens que sous forme spoliations et traitreux larcins.

Aussi le Viceroy de Nouvelle Espagne enjoint toutes les Audiencias de sa juridiction à tout mettre en œuvre pour stopper ce démon avant qu’il ne sème son venin de rébellion au Yucatan ou en quelque autre terre de Nouvelle-Espagne ou du Pérou dont le Viceroy se voit également informé, de même que la sainte Inquisition sise à Carthagène.

Au Gouverneur Moralès en particulier qui se trouve dans leur proximité, il est demandé de faire preuve de fines attentions afin que ceux de la Tortue et la Jamaïque disposent de toutes les informations disponibles au sujet de Kagrié, forban diabolique, au dépend de qui il semblerait qu’ils aient quelque intérêts à recouvrir.


Nous voilà flanqués de bien des démons Monseigneur !…conclut Moralès d’un air faussement complice…d’abord de votre Satyrus Marinus, et maintenant ce Capparis Crematur!?



Dernière édition par Friedrich le Ven Aoû 10 2018, 14:36, édité 1 fois
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Ancien de la meute
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Re: Chismes y cuentos de Santiago

le Jeu Aoû 09 2018, 11:32
Magnifique !
Aaaaah... Mc Donald est un saint ! Je le savais.
Quant à Kagrié... Lui voit on encore les cicatrices que je lui ai si bellement infligées?
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Re: Chismes y cuentos de Santiago

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